Hucaloup
2024-02-29
Pour que l’idée ne flétrisse pas, il faut l’action
pour la revigorer, pour que l’action ne tourne
pas en rond, il faut l’idée pour l’enchanter.
(Jack Dejean)
Sur un piton rocheux entre Albi et Saint-Affrique le petit hameau
semble bien accroché. Entre forêts de châtaigners et vallons agricoles,
la poignée d’habitants, chacun pour soi pourrait mener une vie paisible,
loin des injustices et du chaos géopolitique, en regardant
confortablement les étoiles, le temps qui passe ou les châtaignes
tomber.
Dans la continuité de leur parcours respectifs engagés, parfois
tumultueux, souvent précaires mais toujours déterminés, les fondateurs
de la COMMUNE LA IDEA (association 1901) sont arrivés dans la région il
y a plusieurs années, avec déjà la perspective, l’idée en tête de mettre
en pratique quelques convictions, quelques alternatives à
l’individualisme exacerbé et aux règles de société établis. Deux d’entre
eux vivent déjà à Hucaloup. Riches de différentes expériences et
stimulés encore davantage par les actualités toujours plus brutales, une
belle occasion se présente aujourd’hui pour concrétiser une intention,
un projet social, une aventure humaine et la tentative d’agir et d’
exister ensemble et autrement, refusant de se limiter à être des
citoyens indignés, des travailleurs heureux ou des consommateurs
responsables.
Au cœur du hameau sur la place centrale et bordée d’un jardinet, se dresse une masse cubique et grisonnante, anguleuse, ondulée, étirée ; elle nous évoque les années 80, les lobbies des cimenteries et de l’amiante au service des façades, des toitures et de l’immobilier intensif. Cette maison fonctionnelle de 80m² avec garage et atelier est en vente. Egalement dotée de terrains et de bois, d’une grange et de petites dépendances sur un surface totale de 2,6 hectares, cette structure offre bon nombre de possibilités.
En résonnance avec la commune de Paris de 1871 que tout le monde sait s’être achevée par un massacre d’état , le terme “commune” détermine, précisément, une intention d’autodétermination, d’autogestion, d’anti-autoritarisme, d’égalité, de partage, de solidarité et de fédéralisme, mais aussi d’une émancipation du pouvoir et de l’état jusqu’à son démantèlement ou sa suppression.
Bien sûr, pendant des millénaires des sociétés vivaient sur ces
préceptes sans état, sans notion de propriété, souvent avec d’autres
relations plus flexibles et plus libres entre les sexes et les âges et
pour la plus part dans une plus grande harmonie avec la nature. En
Europe, avant et bien au-delà du Moyen Âge, des communautés rurales
(villages et cités) refusaient de se soumettre aux autorités parfois
lointaines, les gens défendaient leurs libertés, leur propres modes
d’organisation et de travail pour satisfaire leurs besoins. Avec la
‘découverte’ des Amériques l’homme européen, avant de les décimer, se
voit confronté à des peuples autochtones ‘sans foi, sans roi, sans loi’,
qui ne pourraient qu’inquiéter les élites et donner des ‘mauvaises’
idées à leurs subalternes et aux millions d’esclaves qui arrivent et
font tourner la machine infernale…
Loin de nous d’avoir une vision angélique de ces expériences et de ces
communautés d’antan et d’ailleurs mais elles ont certainement nourrit et
inspirés les imaginaires des gens communs et des penseurs libres,
questionnant ce monde qui venait de naître et qu’on appelle la
‘modernité’. En 1871 les anarchistes sont nombreux et actifs dans le
monde ouvrier, paysan et intellectuel. A Paris pendant la révolte, des
conseils populaires s’organisent et gèrent les communs, la vie sociale,
les ressources, la cité, les quartiers, au cours de longues discussions
et de débats. Issues de toutes les classes sociales, des figures
charismatiques, comme Louise Michel et bien d’autres, se font entendre
et l’idée fait son chemin.
En ce temps, le prolétariat, né dans le bouillonnement de
l’industrialisation, s’ organise dans des mutuelles, coopératives et
syndicats pour devenir une force de masse qui prône l’internationalisme,
la lutte de classe et l’abolition du capitalisme. Suivront 50 années de
luttes féroces sur tout les continents entre prolétariat et bourgeoisie
: création de communes libres, grèves, sabotages, attentats,
insurrections, révolutions… Toutefois, ce mouvement international est
scindé en deux courants, d’un coté les antiautoritaires, notamment les
anarchistes qui veulent l’abolition de l’état pour le remplacer
immédiatement par des fédérations de communes et de conseils, de l’autre
les autoritaires: socialistes et communistes d’état qui, via le
parlementarisme ou l’ insurrection, veulent conquérir l’état.
La révolution russe envoie une onde de choc à travers le monde, mais
bientôt les bolcheviks (communistes autoritaires) s’emparent du pouvoir
d’État, installent la “dictature du prolétariat” et suppriment tous les
mouvements de base, les conseils (soviets!) et les communes. Toute idée
d’une société véritablement libre et décentralisée est anéantie. En
Allemagne, c’est le gouvernement socialiste qui écrase la ‘révolution
des conseils’ juste après la Première guerre mondiale. En Espagne, ou
les idées libertaires sont profondément ancrées dans le mouvement
ouvrier et paysan, la révolution va plus loin dans le sens de la idea,
mais les anarchistes sont confrontés à toutes les forces réactionnaires
et autoritaires: fascisme et stalinisme détruisent la révolution qui à
ce moment là portait l’espoir de millions de femmes et d’hommes partout
dans le monde.
Reprimée par les états (démocratiques ou totalitaires), la plupart
des communes autonomes anarchistes sont de fait dissoutes dans la
douleur ou dans le sang à l’approche ou durant la deuxième guerre
mondiale.
Les anarchistes sont assassinés, executés, déportés, enfermés ou
contraints à l’exile ou à la clandestinité.
Le souffle de mai 68 avec ses belles promesses qui ravivait le brasier de la idea s’est perdu dans les fumés et les parfums de la génération hippie ou dans les circuits allambiqués des scrutins électoraux qui distillent toujours les mêmes illusions. La culture ‘new age’ avec son injonction à la ‘realisation personnelle’ et à la spiritualité a contribué à anesthésier l’esprit résiduel de luttes collectives en nous, pour laisser place sans résistance visible, au capitalisme tentaculaire et dévastateur. Il faut attendre la chute du mur de Berlin en 1989, les Zapatistas au Mexique en 1994 et Seattle en 1999 pour réaliser qu’une pensée et qu’un activisme anticapitaliste et antiautoritaire mondial était encore bel et bien vivant, à l’air libre ou en souterrain. L’idée reste increvable.
La commune d’ Hucaloup, portée par la ideà, et en toute humilité, s’inscrit pleinement dans une nouvelle dynamique de lutte contre le capitalisme et l’état-nation dont le système et les rouages en termes de déshumanisation, de confusionnisme et de désastre environnemental ont atteint aujourd’hui des sommets encore inégalés.
La maison de béton sur la place du hameau, après avoir été rendue
plus accueillante et attractive par les ‘écoconstructeurs’ et les actifs
de la commune, deviendra le point névralgique de la Idea puisqu’une
bibliothèque/infothèque, salle de rencontres et de projections occupera
l’espace principale avec une cuisine commune et quelques chambres pour
les camarades de passage. Dans l’atelier polyvalent des concerts,
conférences et expositions se dérouleront régulièrement avec en annexe
et ponctuellement un café associatif.
Une des dépendances située sur une parcelle de 3000 m² entourée d’un
potager vivrier est destinée à devenir l’habitation d’un usager
communard. A quelques mètres un verger de 2000m² offre également de la
ressource alimentaire et un possible espace de vie en habitat léger ou
éphémère. En quittant le hameau un chemin forestier conduit à une
prairie de plus d’un hectare bordée de 8000m² de bois à la lisière
duquel sont implantées deux petites ruines en pierres. Un bel espace à
investir pour un habitat autonome et quelques activités de culture ou
d’élevage visant à moyen terme une possible quasi autonomie
alimentaire.
Au nom et depuis l’avènement de l’ère industrielle capitaliste, le productivisme et l’organisation des sociétés autour de la propriété, de la marchandise, du travail, de la famille patriarcale et de la religion ont fondamentalement aliénés nos esprits au point de ne plus savoir comment penser à travers un autre prisme, celui du bonheur commun, de la liberté en pleine conscience de l’autre, de l’humain et de sa place dans la nature, dont nous sommes indissociables et interdépendants.
Le monde est le produit de l’humanité d’hier et d’aujourd’hui.
Il en découle que nul ne peut s’approprier ce qui appartient
à l’ensemble de l’humanité. (Kropotkin)
Afin de signifier son intention de lutte et d’engagement contre les
fondements même du capitalisme dissimulé derrière de multiples régimes
ou entités démocratiques ou autoritaires à l’échelle du monde, LA IDEA
s’est dotée de solutions pour extraire durablement ce bien foncier du
marché. Avec de précieux soutiens associatifs, des montages juridiques
simples et novateurs permettent aujourd’hui qu’un bien ne puisse être
revendu. La notion de propriété est minée, seul l’usage est reconnu.
Après le départ d’un usagé, par exemple, d’autres occupent le lieu et
ainsi de suite, c’est ce qu’on appelle le droit d’usage. Il en résulte
aussi que tout pouvoir, à l’intérieur de la commune ou du collectif, sur
la base de la propriété individuelle est aboli.
La commune de LA IDEA considère qu’il y a urgence d’ agir, de se
rencontrer, échanger, réflechir, proposer, expérimenter et de construire
ensemble et avec un nouveau regard, l’idée en tête, LA IDEA qui animait
les révolutionnaires anarchistes pendant la guerre d’Espagne, La IDEA
qui a exalté tant de femmes et tant d’hommes, l’idée qu’un autre monde
est possible, que d’autres modèles de société peuvent exister, ici et
maintenant pour nous, et pour celles et ceux qui suivront.
Non loin du point de rupture de plus en plus d’initiatives collectives
en opposition à l’individualisme ambiant s’articulent en France et
partout ailleurs. Toutes n’ont pas une vocation proprement militante,
mais la Commune du Maquis, par exemple, située dans l’Aude, incarne la
mission éducative, sociale, culturelle et militante, qu’avec nos petits
moyens, nous souhaitons mener au sein de la commune d’Hucaloup. Un
réseau de communes se tisse, se déploie et s’organise tangiblement, des
consciences se soulèvent, alors ensemble sans autres choix essentiels et
révoltés par l’horreur du quotidien, retrouvons nous, construisons la
ideA, l’utopie, l’idée inachevée, enchantons-nous, il faudra bien
réinventer…
Une carte du monde sur laquelle ne figure pas Utopia
ne mérite même pas un coup d’oeil. (Oscar Wilde)
Pour exister, débattre, construire, reconstruire, se développer, se
diffuser et croître, LA IDEA a besoin de vous, de votre réflexion, de
votre savoir et de votre sensibilité; elle a besoin de vos envies, de
vos compétences, de votre humanité, mais elle a aussi besoin d’un peu de
votre argent. Pour procèder à cet achat, l’association a déjà rassemblé
par l’intermédiaire de ses fondateurs une somme correspondant à 70% du
prix du vente esperé (négociations en cours). Pour compléter le budget
et couvrir les frais de notaire, nous cherchons urgemment 12000
euros.
Avec une profonde conviction, persuadés de la légitimité, de l’urgence
et de l’intérêt général à mener le projet, nous vous invitons à
contribuer sous forme de DON FINANCIER à sa concrétisation matérielle,
par virement ou par cheque bancaire adressé à COMMUNE LA IDEA ou encore
en espèces.
| IBAN |
FR76 1027 8116 3200 0202 6760 186
|
| BIC |
CMCIFR2A
|
Pour toutes informations supplémentaires, suggestions, critiques,
… n’hésitez pas à nous contacter
*
lacommuneidea@riseup.net
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16, place de la Combette
Hucaloup
12380 Laval-Roquecézière
Il n y a pas de mécanique révolutionnaire, mais des voies
expérimentales
et des tentatives créants des ruptures et des chocs, modifiants non
seulement
le milieu social general, mais aussi la structure psychologique des
individus.
(Bakounine)
Info :
Une parcelle sans usagés définis et sans financement pour le moment
reste disponible. Si La IDEA vous intéresse pour y développer un projet
commun et cohérent, contactez-nous rapidement.